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L'HOMME QUI TOMBE
Don DE LILLO
Actes sud 2008- 298 pages
Traduit de l'américain par Marianne Véron
Voici un roman que j'ai trouvé intéressant mais un peu difficile. Un livre certainement d'une grande portée car malgré un récit et des dialogues d'apparence banale, c'est une réflexion sur le mal à l'état pur, le mal qui a engendré l'effondrement des deux tours de Manhattan le 11 septembre 2001… Cet événement effroyable a provoqué non seulement la mort de près de 3000 personnes innocentes mais aussi un traumatisme irréversible pour des millions d'autres. Dans le livre, une rescapée dit: "si je vis jusqu'à 100 ans, je descendrai encore l'escalier de la tour"….
En France par exemple, beaucoup de gens sont capables de dire ce qu'ils faisaient exactement au moment de la catastrophe.
Qui est l'homme qui tombe ? C'était un artiste de rue qui s'accrochait la tête en bas, un peu partout dans New-York après le crash, à des balcons, des monuments ou des façades d'immeubles. Ce baladin était habillé en costume cravate. Or beaucoup de gens en costume cravate s'étaient jetés du haut des Twin Towers embrasées…
Le roman explore le vécu de différents personnages autour du drame: Keith, un cadre rescapé, nous révèle progressivement sa descente infernale. Florence, également cadre, est capable de faire partager plus facilement son traumatisme. Lianne, ex femme de Keith, anime un groupe de parole entre personnes très diverses n'ayant pas vécu directement le drame. Les enfants de Keith ont reçu l'info par la télé et scrutent le ciel pour voir d'autres avions… On pénètre aussi dans l'intimité des terroristes islamistes réunis à Hambourg dans un appartement avec "un va et vient constant d'hommes qui se laissaient pousser la barbe…" Avec enfin, la préparation du coup, le trajet en avion et le crash final.
"L'homme qui tombe" intéressera celles et ceux qui veulent en savoir plus sur la répercussion "humaine" du drame du 11 septembre. Je conseille aux autres de s'abstenir car ils risquent - comme moi - d'éprouver un léger ennui, malgré l'intérêt que présente ce livre qui a un énorme succès aux Etats-Unis. Pourquoi de l'ennui? Les personnages, bien que décrits dans des situations épouvantables ne m'ont pas parus très attachants. Pour quelle raison? Peut-être un manque de lyrisme? Dans l'Express, un célèbre critique que j'apprécie beaucoup, a titré son article " De Lillo, le chroniqueur de la terreur" On ne peut mieux présenter ce livre.
Avant de terminer, un petit mot sur De Lillo: né à New York en 1936, auteur d'une quinzaine de romans "coups de poing", c'est un des plus grands écrivains américains, l'égal des Mac Carthy, Bret Easton Ellis , James Ellroy ou Paul Auster. Toujours, d'après mon critique préféré, de Lillo est "le plus grand explorateur de la modernité"…
Catherine |